- sur l'(espace mont blanc)
MARTINE CLERC / 24 HEURES / samedi 26 juillet 2003
UNE OASIS POUR LES GENS DE THEÂTRE
PONTAISE :Depuis deux ans, l'espace mont blanc abrite des compagnies en création, ainsi que leurs administrateurs. Michel Sauser anime le lieu avec passion.
De la Pontaise, on connaît le stade, éventuellement les anciennes casernes. Encore peu l'espace mont blanc, dont la petite vitrine éclaire depuis deux ans le haut de l'avenue du même nom. Multifonctionne], le lieu organise et abrite sous le même toit cours de théâtre, salles de répétition et espace d'accueil pour les administrateurs de troupes - la Compagnie Marin ou l'Atelier Acta-Tact y ont notamment emménagé leur bureau.
Depuis l'arrêt de bus...
Poussez la porte, vous tomberez sur Michel Sauser, comédien, metteur en scène, professeur d'interprétation, et véritable esprit des lieux, via son association Acta-Tact. Cet espace mont blanc, il en a rêvé avant de pouvoir enfin matérialiser ses envies. «Pendant un an, j'ai fantasmé sur ces locaux vides en attendant le bus à l'arrêt d'en face. J'ai fait le forcing et le propriétaire a finalement accepté de me louer la surface.» En février 2001, le lieu de création ouvre ses portes. Michel Sauser y est comme chez lui. Il n'a qu'à gravir une rangée d'escaliers pour rejoindre son appartement adjacent.
Cet été, en compagnie de Barbara Sauser, son épouse conteuse et comédienne, et d'Antonio Llaneza, marionnettiste et danseur entre autres choses, Michel Sauser fait vivre l'espace en y organisant des animations pour enfants et adultes. Durant l'année, les cours de théâtre sont un succès - une trentaine de participants - et son péché mignon. «C'est là-dedans que je m'éclate vraiment. Il ne s'agit pas du tout de cours au sens académique du terme. Mais plutôt d'un défi pour les participants qui cherchent à se dépassent par le théâtre.» Les cours permettent en outre de régler le loyer. En août, une journée portes ouvertes offrira aux adolescents l'occasion de s'initier à l'interprétation. Si l'essai est concluant, le comédien organisera dès cet automne un cours de théâtre à leur intention.
De la Pontaise aux Alpes
Administrateur de la Compagnie Marin depuis plus de sept ans, Michel Sauser, en bon disciple de -Thierry Spicher, ancien responsable de l'Arsenic - est convaincu de l'aspect essentiel de la fonction de gestionnaire. Le comédien a réussi à créer à l'espace mont blanc un lieu d'échange de compétences entre administrateurs.
Egalement metteur en scène et amoureux des mots, Michel Sauser a notamment créé Personnes, présenté au printemps dernier à l'Arsenic. Un autre projet est déjà sur les rails: la création de Ce qui m'entoure, spectacle inspiré de textes poétiques et intégré dans Paysages en poésie, opération ambitieuse qui devrait prendre corps l'été prochain dans plusieurs stations des Alpes vaudoises. Joli retour aux sources pour cet artiste qui passa un jour son CFC de pâtissier à Leysin
Martine Clerc
GILBERT SALEM / 24 HEURES / samedi 26 janvier 2005
LES GENS
Michel Sauser, pédagogue, «concierge» de comédiens
Bientôt quarantenaire, ce Romand né au Cameroun, qui s’est d’abord plongé avec délice dans la boulange à Leysin — oui, celle qui fait du pain, tout simplement, et du bon — s’est reconverti dans l’animation théâtrale. Elève du grand André Steiger au Conservatoire de Lausanne, diplômes, stages à l’Arsenic sous le règne de Thierry Spicher. Michel Sauser a mis en scène des textes de Lorenzo Pestelli, de Musset; il a collaboré avec la Compagnie Marin.
C’est un personnage de charme polymorphe: il a incarné des rôles, dirigé, administré, enseigné — oh! sensibiliser des enfants aux feux de la rampe est une si belle gageure... Depuis quatre ans, il est responsable («avec une tranquille vigilance de concierge», dit-il) d’une structure associative qui regroupe, près de Beaulieu, une salle de répétitions fréquentée par des troupes de comédiens connues, une salle de cours pour adultes plus un atelier de vidéo. En cet Espace Mont-Blanc, il gère divers objectifs qui résultent en se conjuguant d’un destin humain singulier; d’un parcours en zigzags professionnels d’un homme de composition rationnelle mais qui se voudrait fou. Ou pire: d’un écervelé merveilleux qui a compris que la meilleure des raisons provient de la folie du cœur. Il est long de taille, le Sauser, qui porte le patronyme originel de Cendrars. Il est émacié, un brin dégingandé, élégant. A la manière de beaucoup de messieurs d’aujourd’hui, il laisse s’ondoyer jusqu’au creux du dos une chevelure encore plus longue que celle des femmes d’autrefois. La sienne a la lumière des fougères que Louis Aragon trouvait plus blondes que les blés. Il la noue quelquefois par un élastique. Et, sous tout cela, il y a un minois singulier qui tient tantôt du sourire de l’ange, tantôt de la philosophie amusée du renardeau.
Son émerveillement essentiel va vers l’enfance. Vers la sienne d’abord, aux odeurs africaines, puis vers Johan, né en avril 2000, enfin vers Moïse, l’adoptif, né comme papa au Cameroun. A 3 ans, il a déjà l’accent vaudois.
Gilbert Salem
PIERRE FANKHAUSER / L'HEBOO / 28 juin 2001
MICHEL SAUSER, pétrisseur de textes
« MILLE NEUF CENT SEPTANTE ET UN: REALISATION parfaitement autonome de mon premier gâteau aux pommes.» Sous ses a abords plaisants, cette phrase dit beaucoup sur la personnalité de Michel Sauser, qui choisit d'entreprendre un apprentissage de boulanger-pâtissier à la sortie de son collège latin-anglais! Né au Cameroun, ce fils d'enseignants installés depuis à Leysin ne fera pas Lettres. Il se sent davantage attiré par la matière « qui est vivante, qui se rebelle contre toute tentative de la forcer ou de la contraindre. Tu enfournes le pain une fois qu'il a levé, ce n'est pas toi qui décides. Le texte, c'est la même histoire. »
La douceur dont est empreint ce metteur en scène pourrait passer, de prime abord, pour de l'effacement. Rapidement, on se rend compte pourtant, en voyant s'animer les traits fins de son visage, que Michel Sauser sait se donner les moyens d'atteindre ses objectifs, en souplesse, à travers l'écoute. C'est grâce à son père, régisseur et décorateur pour une troupe d'amateurs, que l'adolescent découvre le théâtre. Il décide alors d'entrer au Conservatoire de Lausanne et suit les cours d'André Steiger. Sur les bancs de l'institution, Michel se lie d'amitié avec François Marin. Les deux hommes décident alors de travailler ensemble : un tandem qui dure encore. Leur plus belle réussite est sans aucun doute « La plaie et le couteau » d'Enzo Cormann, pièce montée au Théâtre de l'Arsenic en 1999. Michel Sauser assure l'assistanat de la mise en scène, tout en jouant lui-même dans ce véritable bijou de rigueur et de précision.
« Un caprice » de Musset marque le passage de notre homme à la mise en scène. (c’est à la suite de ce travail qu'il décide de suivre un stage d'une durée de six mois, fin 2000. Le metteur en scène améliore ses connaissances de gestion et de programmation en compagnie de l'équipe administrative du Théâtre de l'Arsenic et l'Espace Mont-Blanc naît de ses cogitations. Constitué d'une salle de répétitions, de bureaux, d'une cuisine et d'un dépôt, ce lieu constitue un excellent outil de travail. C'est dans ces murs que voit le jour le dernier spectacle de l'Atelier Acta-tact, « L'amour sur les pentes raides » de Lorenzo Pestelli. Ce très beau texte sur les rapports intimes est servi avec beaucoup de finesse par les deux compères du metteur en scène : Marc Mayoraz et Pascal Francfort. La salle dépouillée, utilisée dans toutes ses dimensions (des prises de grimpe ont été fixées aux murs) est sculptée avec précision par les éclairages à la fois chauds et millimétrés d'Alain Boon. Mises à part quelques maladresses secondaires dans le traitement visuel, ce spectacle est véritablement une réussite. Quel plaisir de découvrir ainsi un nouveau metteur en scène !
Pierre Fankhauser
- critiques spectacles professionnels
L'Amour sur les pentes raides, d'après Lorenzo Pestelli, Théâtre 2.21 (2001)
MICHEL CASPARY / 24 HEURES / 20 JUIN 2001
L’AMOUR SUR LES PENTES RAIDES AU 2.21 Les tourments du désir : Marc Mayoraz et Pascal Francfort donnent corps à la poésie fulgurante de Lorenzo Pestelli.
Présentée au Théâtre 2.21, la création de l'Atelier Acta-tact, L'amour sur les pentes raides, ne dure que cinquante minutes. Pas un instant de mollesse. Il y a quelque chose de radical dans le choix des textes de Lorenzo Pestelli et de jouissif dans le jeu de Marc Mayoraz et Pascal Francfort. Une envie d'évoquer le plaisir, le désir et le sexe sans fausse pudeur. D'arpenter le labyrinthe des relations humaines sans craindre de s'y perdre. De «tracer une nouvelle carte du Tendre tout en instruisant le procès du macho». De traquer les limites de la séduction et les mystères du « paysage-corps féminin».
Mort accidentellement au Maroc
Le metteur en scène Michel Sauser n'a gardé que les voyages intérieurs de l'écrivain-bourlingueur, né à Londres en 1935, d'origine à la fois florentine, anglaise et belge, et mort accidentellement au Maroc en 1977. Les lumières d'Alain Boon sont de précieux repères dans cette errance intime. Elles s'offrent, généreuses, quand les mots sont en feu, ou se font parcimonieuses, quand ils deviennent braises. Et s'éclipsent parfois, totalement, laissant place au silence ou aux aveux.
Chapitre scénographie, le travail pictural de Mark Van der Ende paraît plus énigmatique, si ce n'est abscons. L'utilisation de l'espace, en revanche, est judicieuse. Des tabourets rembourrés, fixés au sol, sont répartis en quatre zones assez rapprochées, multipliant les aires de jeu. Les comédiens se les approprient, sans jamais y rester longtemps, à la mesure de cette parole curieuse et toumoyante. Sols et murs sont aussi à contribution: on y rampe ou on y grimpe. Le cumul d'escalades semble néanmoins excessif.
Les textes de ce monologue à deux voix sont extraits du bien nommé Pour une décollation de saint Soi-même. Lorenzo Pestelli passe au scalpel les verbes aimer et connaître, cherchant à démêler les fils qui relient l'orgueil et la sincérité, l’intuition et l'intellect. L'introspection prend corps sur la scène du 2.21 grâce à l'Atelier Acta-tact. Pas d'incarnation pour autant. C'est à la poésie avant tout que les comédiens donnent vie. Elle brûle comme une bougie au vent.
Michel Caspary
Personnes!, d'après Lorenzo Pestelli, Théâtre ARSENIC (2003)
MARC DEMIERRE / 24 HEURES / 24 MARS 2003
L'EMPRISE DES SENS
A l'Arsenic, deux mises en scène audacieuses reconsidèrent notre rapport au monde... et à la scène. Sensuel.
Deux créations lausannoises pour deux auteurs d'exception. Le tout dans la même soirée, au choix ou à la suite, comme il vous plaira. Au menu, Personnes! d'après Lorenzo Pestelli par l'Atelier Acta Tact et Tabacaria/Bureau de tabac/Tobacco Shop d'après Alvaro de Campos alias Fernando Pessoa par la compagnie Les Sélénites. Sur une idée originale de Michel Sauser et Marc Mayoraz, Personnes! se compose de divers textes de Pestelli. Mises en scène par Sauser et récitées avec force par Mayoraz, ces pensées prennent la forme d'un soliloque à entrées multiples, auquel les spectateurs prennent part physiquement, puisqu'ils sont intégrés dans le dispositif scénique, assis sur de petits tabourets, comme pour mieux s'imprégner des mots que Mayoraz fait voyager en se déplaçant entre ces âmes pensives.
Ulysse le GI
Ces mots sont ceux d'un GI au Vietnam à sa compagne restée au pays. Lourds de révolte, ils s'entrecroisent avec les lettres d'Ulysse à Pénélope. Mais ne serait-ce pas là un seul et même homme? Un être universel partageant ses tourments de l'amour et de la guerre, la souffrance vécue dans la chair et l'esprit? A la complexité du rapport amoureux se greffe ici une dimension politique on ne peut plus actuelle. Habitué de Pestelli, l'Atelier Acta Tact réitère la performance accomplie avec L'amour sur les pentes raides (Théâtre 2.21, juin 2001) en donnant littéralement vie à la force poétique de l'auteur, tout en invitant l'audience à ressentir passionnellement les rapports entre l'âme et le monde.
Bien que différents en apparence, ces deux spectacles donnent la possibilité de percevoir quelques similitudes. Ils se rejoignent et se complètent dans leur propension à privilégier les sensations, qu'elles soient intérieures ou extérieures, offrant une mise en scène habile et originale.
Marc Demierre
|